Rencontre avec Anthony Chen pour Ilo Ilo



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ilo iloA moins de trente ans, Anthony Chen est devenu en mai dernier le nouveau réalisateur asiatique à suivre. Il est en effet le premier Singapourien à recevoir la prestigieuse Caméra d’or pour son long métrage Ilo Ilo. Déjà remarqué pour ses courts métrages (dont Ah Ma, mention spéciale à Cannes en 2007 et Haze, sélectionné à Berlin en 2008), le jeune cinéaste a séduit le jury emmené par Agnès Varda avec une chronique familiale sensible sur fond de crise financière, directement inspirée de son expérience personnelle.

Que signifie le titre de votre film, Ilo Ilo ?

Anthony Chen : Une jeune femme philippine a travaillé comme domestiquee dans ma famille pendant 8 ans. Elle s’appelait Teresa. Elle est partie quand j’avais douze ans. Je ne l’ai jamais revue. Mais il y a une chose dont je me souviens précisément, c’est le lieu d’où elle vient. Cela s’appelle « Ilo Ilo ». C’est une province des Philippines. Le nom est si joli qu’il est toujours resté dans ma tête, et j’ai décidé d’en faire le titre du film.

Cette jeune femme vous a laissé un souvenir si prégnant que vous avez décidé de faire votre premier film sur elle, et de lui donner ce titre…

AC : En fait, je n’ai pas vraiment choisi ce sujet. Je n’ai pas du tout pensé à elle pendant des années. Et puis il y a quelques années, mon enfance a commencé à me revenir en mémoire. Je repensais au passé. Et je me suis souvenu de combien j’avais pleuré à l’aéroport le jour où elle est partie. Je me suis saisi de ce petit morceau d’émotion. Je ne suis pas trop sûr de ce qu’il représente, mais j’ai commencé à écrire à partir de ça. Plus j’écrivais et plus l’émotion devenait plus claire, plus précise. Donc ce n’est pas comme si j’avais pensé à elle sans arrêt pendant touts ces années, mais parmi mes souvenirs d’enfance, elle était là.

Dans quelle mesure diriez-vous que le film est autobiographique ?

AC : Il est inspiré par mon enfance, mais je ne dirais pas qu’il est autobiographique parce que j’étais un petit garçon très sage, pas aussi turbulent que mon personnage ! Mais certaines émotions, certains traits de caractère des personnages sont assez semblables. Mon père a perdu son travail quand j’avais sept ans. Il y a eu une grosse crise financière. Les marchés financiers asiatiques se sont tous effondrés. Beaucoup de sociétés ont fermé. Et après avoir perdu son travail, mon père n’en a jamais retrouvé un du même niveau. Je me souviens aussi des poulets que notre bonne tuait et qu’on mangeait… Toutes ces images sont authentiques. Mais j’ai aussi dramatisé les situations.

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