Leçons d’harmonie d’Emir Baigazin

leconL’histoire

Dans un petit village kazakh, Aslan, 13 ans, est un adolescent solitaire et mutique persécuté par le chef de gang du collège. Mais s’il est le plus faible, le jeune garçon est aussi le plus intelligent, surtout lorsqu’il s’agit de préparer une vengeance implacable.

En une phrase

Un conte cruel et ironique sur la porosité des frontières entre harmonie et chaos, servi par une photographie et une mise en scène d’une grande élégance.

La critique (publiée le 26 mars sur www.ecrannoir.fr)

Très remarqué lors du Festival de Berlin 2013, où il s’était vu décerner un logique (quoique réducteur) prix de la meilleure contribution technique, Leçons d’harmonie débarque enfin sur les écrans français, encore tout auréolé du Grand Prix du Jury reçu lors du Festival Premiers Plans d’Angers 2014. Prenant le contrepied de son sujet éminemment social, le jeune réalisateur kazakh Emir Baigazin propose une cinématographie extrêmement classieuse, composée de larges plans fixes et de cadres soignés qui attirent immédiatement le regard vers le point fort de l’action. Cette narration essentiellement visuelle, à la beauté presque maniérée, tranche avec l’aspect sordide de scènes souvent empreintes d’une violence particulièrement cruelle.

C’est qu’Emir Baigazin aime l’ambivalence. Celle de son personnage principal, victime devenant bourreau, celle des situations qu’il filme, oscillant entre burlesque et drame, et même celle de son intrigue, qui rebondit à plusieurs reprises dans des directions inattendues, voire oniriques. Même le titre du film est à la fois une antiphrase et un constat désespéré. Car si l’existence du personnage principal semble bien peu harmonieuse, son calvaire s’inscrit en réalité dans un tout dépeint avec une telle noirceur qu’il y semble parfaitement à sa place. L’harmonie, ici, est en effet celle d’une humanité guidée par ses pulsions les plus noires, et lancée dans une éternelle perpétuation de ses méfaits. On est ainsi impressionné par la hiérarchie stricte des collégiens caïds (chaque « petit chef » dépendant d’un supérieur lui-même soumis à la volonté d’un « grand chef », et ainsi de suite) et par le recrutement apparemment incessant à chaque échelon de l’organisation. Quant à la police, censée faire respecter l’ordre, le film en dresse un portrait si peu flatteur (impuissante, démissionnaire et violente) qu’elle semble elle-aussi parfaitement s’inscrire dans cette société si harmonieusement dysfonctionnelle.

La construction minutieuse du récit, où reviennent obsessionnellement certains motifs saisissants comme l’exécution des cafards, ou la figure du mouton, permet à Leçon d’harmonie de ne pas s’embarrasser d’explications superflues, ni même de dialogues trop signifiants. Le personnage principal est ainsi à la limite du mutisme, plus souvent plongé dans la contemplation des animaux qui croisent son chemin et auxquels il semble s’identifier (à l’image de l’araignée qui tisse sa toile) que soucieux d’interagir avec autrui. Quitte à rebuter les spectateurs qui seraient peu sensibles à la beauté aride d’une narration passant principalement par la forme.

Pourtant, le film est indiscutablement la marque d’un cinéaste à suivre, qui mêle à ses fulgurances esthétiques un regard aigu sur la société kazakhe actuelle, et sur les travers de l’être humain en général. Une jolie leçon de cinéma, doublée d’une parabole ironique sur la porosité des frontières entre harmonie et chaos.

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Les chiens errants de Tsai Ming-Liang

chiensL’histoire

Hsiao Kang vit en marge de Taipei avec ses deux enfants. Le jour, il fait l’homme sandwich pour des appartements de luxe. Les enfants errent dans des supermarchés pour trouver des échantillons gratuits de nourriture. La nuit, ils dorment tous les trois dans un immeuble abandonné et insalubre.

En une phrase

Une œuvre radicale et âpre, à vivre comme une plongée en soi-même.

La critique (publiée le 12 mars 2014 sur www.ecrannoir.fr)

Depuis ses débuts, Tsai Ming-Liang rend au cinéma sa dimension d’art de / dans la durée. Chez lui, le temps est une dimension essentielle du récit : le temps que dure une action et celui que l’on prend à la regarder, sans accélération ni ralenti. Poussée à son paroxysme, cette notion de durée habite à nouveau Les chiens errants, et en fait une autre forme de film en trois dimensions : image, son et durée. D’un point de vue cinématographique, cela passe par de longs plans quasi fixes qui scrutent une réalité du récit : Hsiao Kang, le personnage principal, en train de brandir un panneau publicitaire sous une pluie battante, au milieu des voitures en mouvement. Un repas familial au-dessus d’une sortie de parking. Un homme comme perdu en lui-même dont on ne voit qu’une portion de visage, et dont on ne sait pas ce qui accapare le regard…

Le spectateur ressent la lenteur, voire la longueur de ces (non)-actions. Il peut s’ennuyer. Mais là est justement le propos du cinéaste : placer l’individu face à la réalité du temps qui s’égrène inlassablement et lui redonner à ressentir presque physiquement la durée de chaque chose. Manger. Se laver. Dormir. Travailler. Bien sûr, c’est une tâche fastidieuse que le réalisateur s’est fixée. Difficilement appréhendable par tout le monde. Voire insupportable pour certains.

Pourtant, en s’éloignant de toute narration au sens classique du terme, le film va vers un langage plus instinctif et plus sensoriel qui provoque des émotions plus fortes, car justement non verbales. On est bouleversé face à certains plans des Chiens errants et sans doute est-on bien en peine d’expliquer pourquoi. Il y a bien sûr la précarité miséreuse dans laquelle évolue le personnage principal, ainsi que la vie marginale et désespérée qu’il impose à ses enfants. Mais on ne peut pas dire que Tsai Ming-Liang exploite ce contexte social, tenu à distance par l’épure de sa mise en scène et l’aridité de son scénario. Non, si l’émotion surgit, elle n’est pas artificielle, provoquée par la vision d’enfants pauvres vivants dans des taudis, mais plus profonde, plus intérieure, induite par l’humanité qui est la leur et qui fait écho à la nôtre.

Deux séquences se démarquent ainsi du reste du récit. La première montre Hsiao Kang (incarné dans la moindre fibre de son corps par l’exceptionnel Lee Kang-sheng, acteur fétiche de Tsai Ming-Liang depuis vingt ans), découvrant le lit familial vide après le départ de ses enfants. Seul un chou, grimé en poupée par sa fille, demeure sous les couvertures. L’homme commence alors à l’étouffer sous un oreiller, puis l’embrasse goulument avant de le dévorer, jusqu’à l’écœurement. Les larmes qui coulent sur son visage n’ont pas besoin d’être expliquées : ce sont les mêmes que celles qui coulent sur le visage du spectateur.

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L’étrange couleur des larmes de ton corps d’Hélène Cattet et Bruno Forzani

etrangeL’histoire
Une femme disparaît. Son mari enquête sur les conditions étranges de sa disparition. L’a-t-elle quitté ? Est-elle morte ? Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, il plonge dans un univers cauchemardesque et violent…

En une phrase

Etrange et déroutant, le deuxième long métrage du duo Hélène Cattet et Bruno Forzani est une expérience sensorielle à la beauté envoûtante.

La critique (publiée le 12 mars 2014 sur www.ecrannoir.fr)

Le titre, aux faux airs de haïku japonais, annonce les principales composantes du film : l’étrangeté d’un récit qui se perd dans les méandres de l’inconscient, la couleur qui explose en touches vives ou se retire brutalement de l’image, les corps maltraités ou sublimés, sacrifiés, torturés et même démembrés. Quant aux larmes, elles sont écarlates et s’écoulent aussi bien des corps que des murs. Les règles qui s’appliquent dans ce polar mystérieux et quasi claustrophobe n’ont en effet plus grand-chose à voir avec celles qui régissent notre monde. Une fois passées les portes de la maison Art nouveau où habite le personnage principal, on est projeté dans un espace labyrinthique effréné et vertigineux où chaque porte et chaque mur dissimulent un secret enfoui. Plus le personnage progresse dans sa quête, plus il semble évoluer dans un espace mental où se bousculent fantasmes enfouis et désirs inavoués. La frontière devient ainsi de plus en plus poreuse entre une réalité terriblement dérangeante et des cauchemars d’une extrême violence. Comme dans les méandres du cerveau, l’esprit déambule, se perd, fait des découvertes annonciatrices des bouleversements à venir et réunit patiemment tous les indices destinés à le mener à la clef du mystère. Sans deviner encore que cette clef est profondément enfouie en lui.

Poursuivant dans la veine qui est la leur depuis leurs débuts, Hélène Cattet et Bruno Forzani proposent une expérience sensorielle aux multiples facettes où s’impriment tour à tour l’influence du giallo (genre italien des années 60 à 80 qui est à la frontière du cinéma policier, du cinéma d’horreur et de l’érotisme), du gothique, des théories psychanalytiques et du cinéma pur. Si l’intrigue semble se dissoudre au fur et à mesure que le récit se complexifie et se déstructure, c’est parce que l’univers qui se fait jour est bien plus important que le classique Whodunit. Avec son atmosphère délétère, son audace stylistique et sa longue juxtaposition de cauchemars, de fantasmes et d’obsessions, L’étrange couleur des larmes de ton corps s’impose ainsi comme un objet envoûtant et sensuel, purement cinématographique.

Revenant aux sources du cinéma, les deux cinéastes ont en effet une écriture narrative qui passe principalement par l’image, le son et les sensations qui s’en dégagent. Chaque séquence est ainsi minutieusement découpée en une multitude de plans parfois très brefs, comme des flashs, qui mettent les détails (plus que les explications dialoguées) au cœur du récit. Ce montage très syncopé permet de créer des chocs et des tensions entre les scènes, mais aussi des correspondances et des échos. Même chose pour les jeux sur la palette chromatique (tantôt avec des éclairages au néon, tantôt dans une gamme de noirs ultra profonds) qui ramènent toujours le spectateur sur la piste du réel et de l’irréel.

Plus que les personnages, volontairement réduits à des silhouettes interchangeables et archétypales, ce sont les lieux, et donc la maison où se déroule l’action, qui mènent le jeu. Les murs, par exemple, cachent des secrets insoupçonnables. Mais ils peuvent aussi parler (métaphoriquement), ou ouvrir un passage vers des ailleurs mystérieux. Les différents décors Art nouveau choisis par Hélène Cattet et Bruno Forzani (et qui sont d’ailleurs à l’origine de leur désir de faire le film) deviennent alors un corps inquiétant qui abrite sa propre part d’ombre. Si l’on écoute attentivement, la maison semble respirer, soupirer et même gémir. Tout est fait pour renforcer l’aspect organique de ce dédale de couloirs, d’escaliers et d’appartements dissimulant des comportements et des êtres étranges. Un immense organisme dont on ne connaît pas les desseins secrets, mais dont la malveillance devient de plus en plus palpable au fil du récit.

Avec un film qui plonge et perd le spectateur dans un tel univers, le risque est grand de générer une immense frustration. Il ne faut en effet pas compter sur Hélène Cattet et Bruno Forzani pour expliquer l’intrigue ou en révéler les clefs. A la première vision, il est presque impossible de saisir toute la complexité des destins qui s’entrechoquent, et les pièces du puzzle sont si bien dissimulées dans chaque plan qu’on ne peut les réunir toutes. Mais qu’importe. Une œuvre plurielle et complexe comme L’étrange couleur des larmes de ton corps mérite plusieurs visions, qui apportent chacune une nouvelle couche de compréhension. Il faut, de toute façon, vivre le film comme une expérience totale et sensorielle par laquelle on se laisse entièrement submerger. Ce n’est qu’une fois tous ses repères abandonnés que l’on est prêt à plonger dans les confins de l’âme humaine.

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A lire aussi : l’interview de Bruno Forzani

 

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Rencontre avec Bruno Forzani pour L’étrange couleur des larmes de ton corps

forzaniHélène Cattet et Bruno Forzani se font connaître en 2009 avec Amer, un objet curieux mêlant esthétisme, érotisme et violence en forme de clin d’œil au giallo italien. Leur sens du détail, de la mise en scène et du montage leur apportent un succès immédiat, spectaculairement relayé par un certain Quentin Tarantino. Le réalisateur américain chante leurs louanges et place le film dans son top 10 de l’année.

Avant cela, le couple tournait des courts métrages (déjà envoûtants) dans son appartement et rêvait à un film gigogne et cauchemardesque inspiré par l’Art nouveau. Ce film, c’était L’étrange couleur des larmes de ton corps, sur lequel ils ont travaillé pendant onze ans. Sur les écrans français à partir du 12 mars, ce deuxième long métrage halluciné tient toutes tes promesses : récit savamment déstructuré en une longue succession de cauchemars, de fantasmes et d’obsessions, atmosphère délétère, audaces formelles… Un objet envoûtant et sensuel, purement cinématographique.

Il était impossible de ne pas aller à la rencontre de cinéastes capables d’inventer un tel univers et de nous y perdre avec autant de maestria. Rendez-vous manqué avec Hélène Cattet, dont c’était le tour de garder le bébé (au sens propre, le couple a un enfant de quatre mois à gérer en plus de la sortie du film), mais conversation passionnante avec Bruno Forzani, qui dévoile leur manière de travailler et parle d’architecture, de cinéma de genre, de recherches formelles, de grammaire cinématographique et même de légumes avec une passion communicative.

Ecran Noir : Après le succès de votre premier long métrage, Amer, comment vous et Hélène Cattet avez-vous envisagé ce passage au deuxième film ?

Bruno Forzani : L’étrange couleur des larmes de ton corps, c’est un projet qu’on avait déjà depuis 2002. Ca a toujours été notre « projet rêve ». Quand Amer a été terminé, ça nous a ouvert des portes. On s’est dit que cela nous permettrait de concrétiser ce projet de longue haleine. D’abord, on a essayé de mettre un point final au scénario, car c’est un scénario qu’on a retravaillé après chacune de nos expériences de court métrage, puis après Amer. C’est vraiment un scénario qui a évolué sur une dizaine d’années et qui a mûri avec nous, d’une certaine manière. On avait reçu des propositions pour faire des films pas personnels, de commande, mais ça ne nous intéressait pas, car L’étrange couleur… était vraiment notre projet de cœur. On voulait vraiment le faire… et voilà !

EN : Et maintenant qu’il est fait ?

BF : Ca fait un grand vide ! Une fois qu’on l’a terminé, ça a été vraiment… le désert ! Moi j’étais complètement vidé, mais heureux en même temps, car c’était vraiment le film que je voulais faire. On s’est cramé avec ce film-là. On a tout mis dedans. C’était quelque chose de très viscéral. A la fin du processus, j’ai eu l’impression qu’on se détruisait d’une certaine manière. La fin du film nous a permis de reprendre pied. Et là, du coup, on ne peut pas travailler sur quelque chose d’intime maintenant, donc on va partir sur une adaptation. Il s’agit de l’adaptation d’un néo polar de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid, Laissez bronzer les cadavres. En terme d’esthétique, on imagine la 2e partie d’Amer, un truc très solaire, et c’est un western. En termes de réalisation, hein, c’est pas un truc de cowboys ! Dans le bouquin, il y a un travail sur l’espace et la temporalité qui est super bien, du coup c’est hyper cinématographique. L’intrigue est plus simple que ce qu’on a fait avec L’étrange couleur…. C’est vraiment Hélène qui tenait à faire ce projet. On a trouvé notre place dans le livre, je pense. C’est différent de ce qu’on a fait, mais il y a un côté solaire et sensoriel dans le bouquin, qui est chouette. C’est une aventure d’aller là-dedans et d’essayer de faire autre chose tout en gardant son intégrité et son point de vue sur les choses. Je trouve qu’on se retrouve dans ce bouquin. C’est un projet, maintenant on va voir si ça peut se faire, si on trouve les financements pour… On veut également faire un troisième volet à Amer et L’étrange couleur… mais là c’est trop tôt pour repartir dans un univers personnel.

EN : Même si cela vous a pris onze ans, réaliser le projet de ses rêves en deuxième film… D’habitude, cela vient plus tard dans une carrière !

BF : C’est ce que disait notre producteur français, François Cognard. Que c’était peut-être plutôt un huitième film… Mais on ne voulait pas attendre un huitième film. On ne sait même pas si on va en faire autant, donc autant concrétiser ce projet tant qu’on avait cette ouverture.

EN : Comment est né ce projet que vous avez porté pendant toutes ces années ?

BF : Il est né dans la tête d’Hélène [Cattet] qui avait l’idée de cet homme qui mène une enquête dans une maison et que tout se passe dans l’espace de cette maison. C’est l’Art nouveau qui nous a inspiré. On vit à Bruxelles. Et l’Art nouveau a ce côté atemporel qui donne son côté magique à la ville. Et c’était une manière de rentrer d’une manière onirique, fantastique, dans Bruxelles. Hélène avait l’idée et moi je l’ai développée. Après, elle a lu, et on a écrit au fur et à mesure comme ça, en « ping-pong ». Il y avait ce mélange entre fantasme et réalité, il fallait trouver la bonne balance entre rêve et réalité. On partait d’une structure plus « whodunit « , plus policière, que l’on a déconstruit. C’est cette structure que l’on a travaillée et retravaillée pour partir de plus en plus dans l’abstraction, le rêve, le fantasme, le cauchemar…

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A lire aussi : la critique du film

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Vesoul 2014 : tous les articles

Le Festival international des Cinémas d’Asie de Vesoul fêtait cette année ses 20 ans. Une édition anniversaire placée sous le signe de la jeunesse (section thématique « Avoir 20 ans »), de la convivialité et des cinémas de qualité. La compétition de longs métrages de fiction a ainsi brillé par ses propositions formelles comme scénaristiques tandis que les deux focus régionaux, consacrés aux Philippines et au Vietnam, ont permis de découvrir des cinématographies captivantes. Cerise sur le gâteau, le premier prix de la presse a été décerné par un jury dont j’ai eu le grand bonheur de faire partie.

Retour sur les différents articles publiés à cette occasion sur le site Ecran Noir :

Vesoul 2014 : le Vietnam, les Philippines et la jeunesse au menu de la 20e édition

Vesoul 2014 : 5 invités d’honneur qui ont marqué le Festival

Vesoul 2014 : une ouverture sous le signe des arts asiatiques

Vesoul 2014 : retour en images sur la soirée d’ouverture

Vesoul 2014 : cinq films pour s’initier au cinéma philippin

Vesoul 2014 : les 5 Cyclos d’or à (re)voir absolument

Vesoul 2014 : regard sur le cinéma vietnamien

Vesoul 2014 : une compétition axée sur la famille dans tous ses états

Vesoul 2014 : le Cyclo d’or du 20e anniversaire pour « 10 minutes » du Sud-Coréen Lee Yong-seung

Vesoul 2014 : fréquentation record pour une édition d’exception

Vesoul 2014 : rencontre avec Brillante Mendoza

Vesoul 2014 : reprise d’une partie des films primés au Musée Guimet

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Göteborg 2014 : tous les articles

Le Festival international du Film de Göteborg est le plus grand de Scandinavie. Pour sa 37e édition, il proposait plus de 450 films répartis en une douzaine de sections, mais aussi un marché du film nordique et différentes masterclass. Une manifestation incontournable pour les amoureux du cinéma d’Europe du Nord, où j’ai eu la chance de me rendre pour participer au jury FIPRESCI (jury de la presse internationale).

Retour sur les différents articles publiés à cette occasion sur le site Ecran Noir et sur celui de la FIPRESCI :

Le 37e Festival de Göteborg mêle cinémas du monde et films venus du froid

Göteborg 2014 : un film suédois met toute l’Europe d’accord

Göteborg 2014 : deuxième Dragon Award d’affilée pour le réalisateur norvégien Hisham Zaman

Göteborg 2014 : sur le plus grand marché de cinéma nordique du monde

Göteborg 2014 : retour sur la compétition nordique et ses personnages en quête d’eux-mêmes

Göteborg 2014 – Nordic Competition: Characters Looking for Themselves

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Ida de Pawel Pawlikowski

idaL’histoire

Dans la Pologne des années 60, Ida, une jeune religieuse orpheline, s’apprête à prononcer ses vœux définitifs. Elle apprend alors l’existence d’une tante que sa supérieure l’exhorte à rencontrer. Pour la première fois, elle sort du couvent et découvre le monde.

En une phrase

Entre chronique historique et thriller, le portrait d’une jeune femme sur la voie du renoncement volontaire.

La critique (publiée le 12 février 2014 sur www.ecrannoir.fr)

Pawel Pawlikowksi réalise un film d’une grande simplicité narrative dont l’esthétique extrêmement recherchée renforce le minimalisme apparent. Le noir et blanc très contrasté, les plans décadrés qui donnent l’impression de perdre les personnages dans leur environnement, les scènes courtes et elliptiques qui laissent une place importante au hors champ, créent un environnement cotonneux et presque mystérieux qui offrent une grande liberté au récit. Au spectateur d’en remplir les creux ou les silences, et d’imaginer la fin des séquences interrompues.

Paradoxalement, l’histoire racontée par le film est riche et complexe, pleine d’intrigues parallèles qui se croisent et se nouent. Il y a d’abord le personnage ambigu d’Ida, jeune fille volontairement retirée du monde, comme indifférente à elle-même et aux autres, qui se dérobe lorsque le monde tente de s’imposer à elle. A ses côtés, il y a cette tante volontaire et fantasque, aux mœurs légères pour l’époque, qui alterne douceur maternelle, sècheresse brusque et laisser-aller décomplexé. Les deux femmes forment un duo insolite, si antinomique qu’il en devient bouleversant. Car entre elles, le rapport de forces s’inverse au fil du film et des expériences qu’elles partagent. Ce n’est plus la tante qui sert de guide à la jeune religieuse dans le monde réel qu’elle ne connaît pas, mais bien la nièce qui conduit sa tante sur le chemin spirituel de la réconciliation et du pardon.

Le drame familial qui les unit (la mort des parents d’Ida pendant l’occupation nazie) jette le film sur la voie d’un thriller qui prendrait son temps, et où l’enquête servirait avant tout à trouver la paix intérieure. Il donne aussi un éclairage fascinant sur une part douloureuse de l’histoire polonaise. L’hostilité que rencontrent les deux femmes dans le petit village où elles cherchent des réponses à leurs questions crée en effet un climat anxiogène qui en dit plus long sur l’époque que de longs dialogues didactiques. Pawel Pawlikowksi en explique d’ailleurs le moins possible, laissant simplement chaque scène dévoiler une nouvelle pièce du puzzle et de ses ramifications historiques.

Mais c’est le parcours d’Ida qui est probablement l’élément central de ce film à la beauté enivrante où, comme le déclare le personnage de la tante, il faut avoir expérimenté ce à quoi l’on renonce pour qu’il s’agisse d’un vrai sacrifice. La jeune fille qui se destine à une vie de méditation, de calme et d’amour spirituel doit donc traverser le monde dans ce qu’il a de plus cru pour être à même de choisir la voie qui sera la sienne. C’est vrai, cette initiation jalonnée de symboles emprunte des chemins balisés, mais elle permet une fin à plusieurs niveaux de lecture qui, malgré tout, laisse une impression forte. Peut-être parce que le renoncement, quel qu’il soit, est toujours une forme de mort.

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Fresh french 2014 : les nouveaux visages du cinéma français

A l’occasion de la rentrée 2014, j’ai participé à l’élaboration d’un dossier autour des jeunes acteurs qui s’apprêtent à marquer l’année cinématographique. L’occasion d’une réflexion sur les difficultés du cinéma français à révéler de nouveaux visages et à faire confiance aux jeunes comédiens, mais aussi d’un petit tour d’horizon, en huit portraits, de ceux que l’on n’a pas fini de voir sur les écrans.

Article publiée sur www.ecrannoir.fr le 8 janvier 2014

Tout part d’un constat un peu alarmant : où est la relève, côté comédiens, du cinéma français ? Qui sont les acteurs (actrices) qui feront les stars non pas de demain, mais déjà d’aujourd’hui ?

Force est de constater que la très jeune génération (moins de vingt-cinq ans) peine à s’imposer dans un cinéma français qui privilégie les visages interchangeables, et surtout les têtes d’affiche « bankables ». Quand aux Etats-Unis, on est une star avant 25 ans, en France, c’est à peine si, à cet âge-là, on vous fait déjà confiance.

Confiance : le mot est lâché. Car là semble bien être le problème du cinéma français qui redistribue éternellement les mêmes acteurs par manque de foi dans les nouveaux ou, pire, les inconnus. Cette absence de renouvellement finit par enrayer un système qui tournait déjà en rond : parce que les télés produisent le cinéma, elles imposent des noms connus des téléspectateurs, et refusent frileusement tout jeune acteur qui n’a pas suffisamment fait ses preuves. Ce faisant, elles se détournent de plus en plus franchement d’une classe d’âge (les 20-30 ans) qui n’avait guère besoin de cela pour se désintéresser du cinéma français. Pas étonnant qu’il s’agisse de la cible privilégiée du cinéma américain, qui, lui, ne l’a jamais négligée.

Alors les jeunes comédiens font leurs armes chez les jeunes réalisateurs (avec plus ou moins de succès) ou en marge de l’industrie. Quitte à ramer, ensuite, pour s’extraire d’une étiquette « art et essai » qui finit par être aussi sclérosante qu’une autre.

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A lire aussi, les portraits de :

– Anaïs Demoustier

– Ana Girardot

– Adèle Haenel

Solène Rigot

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Arras 2013 : tous les articles

Du 9 au 17 novembre 2013, j’étais présente à la 14e édition du Arras Film Festival. Comme chaque année depuis 2010, j’ai réalisé les interviews des invités présents, interviews qui sont diffusées quotidiennement par la télévision du Festival. En parallèle, je couvrais le festival pour Ecran Noir.

Retour sur les différents articles publiés à cette occasion :

– Arras 2013 : trois questions à Solveig Anspach pour Lulu femme nue

Arras 2013 : trois questions à Sébastien Betbeder pour 2 automnes, 3 hivers

Arras 2013 : rencontre avec Luc Jacquet pour Il était une forêt

Arras 2013 : rencontre avec Valérie Donzelli et Michel Vuillermoz pour Les grandes ondes

Arras 2013 : retour sur les découvertes européennes

Arras 2013 : retour en vidéo sur le jour 5 du festival avec Jérôme Salle, réalisateur de Zulu

Arras 2013 : la famille et les êtres solitaires au coeur de la compétition

Arras 2013 : le Slovaque Juraj Lehotsky reçoit l’Atlas d’or

 

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Retour sur le Jour le plus Court 2013

sbetbeder_21decA l’occasion de la 3e édition du Jour le plus court, grande fête du court métrage qui se tient tous les 21 décembre, j’ai réalisé pour Ecran Noir un dossier autour du cinéaste Sébastien Betbeder (Deux automnes, trois hivers, Les nuits avec Théodore, La vie lointaine…).

Ce dernier, qui est depuis ses débuts à la frontière entre le long et le court métrage, avait accepté d’être l’invité d’honneur du magazine et, à ce titre, de parler des films courts en général et de ses expériences en particulier, mais également de sélectionner trois courts métrages qui l’ont particulièrement marqué.

Dossier à lire sur le site d’Ecran Noir :

– Le jour le plus court 2013 : Sébastien Betbeder, invité d’honneur d’Ecran Noir

Le jour le plus court 2013 : Mon enfance de Bill Douglas, choisi par Sébastien Betbeder

Le jour le plus court 2013 : Scènes de chasse au sanglier de Claudio Pazienza, choisi par Sébastien Betbeder

Le jour le plus court 2013 : Sauve-toi de Jean-Marc Fabre, choisi par Sébastien Betbeder

Le jour le plus court 2013 : Inupiluk de Sébastien Betbeder, exemple de création spontanée

 

 

 

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