Oblivion de Joseph Kosinski



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 oblivionL’histoire

Après une guerre sans merci avec des extraterrestres nommés « chacals », la terre est devenue radioactive et les hommes ont fui sur Jupiter. Jack Harper veille sur l’extraction des dernières ressources nécessaires à l’humanité avant de partir à son tour. Mais un événement inattendu vient bouleverser ses plans.

En une phrase

Sans être le thriller métaphysique attendu, Oblivion réussit son pari esthétique et visuel, tout en proposant un scénario plutôt mieux foutu que la plupart des blockbusters du genre.

La critique (publiée sur www.ecrannoir.fr le 10 avril 2013)

Dès les premières scènes d’exposition, denses et précises, Oblivion apparait comme un captivant récit futuriste doublé d’une quête existentielle et personnelle. Tout de suite, on sent le malaise du personnage principal : les rêves qui le hantent questionnent son passé, or celui-ci a été effacé pour les besoins de sa mission. Peu à peu, le malaise finit par rejaillir sur le spectateur : qu’est-ce qui cloche dans la vie du héros Jack Harper ? Ce doute sur ses souvenirs, ajouté à l’étrange relation qui le lie à son « binôme » et au cadre irréel dans lequel ils évoluent (une maison suspendue au-dessus des nuages) donnent l’impression que toute leur existence est artificielle, fabriquée.

Il y avait bien là matière à un thriller métaphysique dans la lignée de Blade runner mais, passé à la moulinette du formatage hollywoodien, le divertissement l’emporte sur la quête personnelle. Finalement, Jack Harper est plus soucieux de sauver le monde que de comprendre qui il est. Le réalisateur mêle alors le pire et le meilleur du cinéma à grand spectacle. Le pire, ce sont des passages pseudo-nostalgiques appuyés, des blagues convenues, des recettes faciles. Lorsque Jack Harper raconte le super bawl 2017 sur un ton exalté tout en réparant un drone, la séquence entière sonne faux. Même chose lorsque ses rêves se substituent à la réalité dans un ralenti tire-larmes. Sans parler des banalités d’usage : le mâle américain se bat seul contre l’ennemi de l’intérieur tandis que sa femme reste à la maison pour préparer le repas. Patriotisme versus répartition classique des tâches entre les sexes : le changement, ce n’est visiblement pas pour 2077.

Pourtant, la construction du récit lui-même permet une certaine richesse scénaristique. Joseph Kosinski pose son univers soigneusement, puis le remet en question élément par élément, prenant le temps de développer chaque étape. Chaque révélation semble ainsi amener un nouveau chapitre, dont les conséquences conduiront au rebondissement suivant, et ainsi de suite. Comme un jeu de piste plutôt mieux écrit que la plupart des blockbusters de ce type (et notamment que le très raté Tron : l’héritage du même réalisateur…) D’ailleurs, pour une fois, même le choix d’acteurs globalement inexpressifs (Tom Cruise et Olga Kurylenko) était presque judicieux, dans la mesure où cela colle avec le personnage ambigu de Jack Harper et celui, plus mystérieux, de Julia.

Toutefois, ce qui achève d’emporter l’adhésion, c’est la recherche esthétique apportée au film. Joseph Kosinski ne se contente pas du minimum syndical, mais imagine une mise en scène qui alterne les styles pour être partie prenante de l’action. Lors de certains plans, la caméra semble voler dans les airs à la poursuite des personnages. À d’autres moments, elle se fait plus statique et se concentre sur les détails. Et lors des moments de bravoure (comme une course poursuite dans des gorges de pierre), on en prend tout simplement plein les yeux. Même le paysage post-apocalyptique est d’une beauté monumentale. Encore un peu et l’on serait conquis par cette terre désolée aux paysages si sauvagement sublimes. Pas étonnant, c’est l’Islande, plus étrange et plus beau pays au monde, qui a servi de décor (et d’inspiration)…

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