Les âmes vagabondes d’Andrew Niccol



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amesL’histoire

L’humanité a presque disparu. Une espèce extra-terrestre a envahi la planète et pris le contrôle de presque tous les êtres humains en occupant leur enveloppe corporelle. Seuls quelques survivants continuent à se battre, dont la jeune Melanie Stryder. Lorsqu’elle est capturée à son tour, son esprit refuse de disparaître et entame un combat déterminant contre l’entité avec laquelle elle doit pourtant cohabiter.

En une phrase

Andrew Niccol tente l’impossible grand écart entre réflexion philosophique sur l’altérité et teen movie classique (donc niais).

La critique (publiée le 17 avril sur www.ecrannoir.fr)

Le film commence là où bien d’autres s’arrêteraient : la terre n’appartient plus aux hommes, et seuls quelques rescapés survivent, traqués sans relâche par les extra-terrestres qui ont pris le contrôle de la planète. Ces envahisseurs sont non violents et pleins de bienveillance, soucieux de préserver l’équilibre écologique et de ne nuire à personne. Leur seul petit défaut est d’avoir besoin d’un corps « hôte » dans lequel se loger. Ils occupent donc les corps des humains qu’ils capturent, transformant ceux-ci en marionnettes géantes et conscientes. Car l’esprit de l’hôte subsiste dans le corps colonisé…

Proposant plusieurs niveaux de lecture, le point de départ des Âmes vagabondes est extrêmement prometteur. Avec en plus Andrew Niccol, cinéaste coutumier des films d’anticipation, à la fois aux manettes du film et du scénario, la qualité finale semblait être assurée. Las, c’était sans compter sur le public ciblé par les producteurs du film, sensiblement le même que celui qui a fait le succès de la saga Twilight (également adaptée de l’œuvre de Stephenie Meyer), autrement dit les ados et pré-ados.

On se retrouve donc avec une œuvre étonnamment bancale, faisant le grand écart entre une réflexion philosophique sur l’altérité (à travers à la fois la cohabitation de deux êtres dans un même corps et la promiscuité forcée entre deux espèces qui jusque-là s’entretuaient, et doivent apprendre à se connaître) et un traditionnel teen movie bourré de niaiseries et de bons sentiments. Comme une version soft et adolescente de l’invasion des profanateurs de tombe, lorgnant plus du côté du dilemme amoureux (toute ressemblance avec Twilight n’a rien de fortuit) que du film de résistance.

Il ne faut donc surtout pas s’attendre à un film d’action. D’autant que les extra-terrestres étant pacifiques, les rares scènes de combat sont bien pauvres. Les personnages passent donc plus de temps à récolter les blés, s’embrasser, et se disputer qu’à organiser une lutte armée contre l’ennemi. Toute velléité de réflexion politique (une cause juste justifie-t-elle de trahir les siens ?) ou philosophique (peut-on faire le bien d’autrui malgré lui, c’est-à-dire priver l’être humain de son libre arbitre pour le sauver de lui-même ?) est de toute façon rapidement submergée par l’aspect sentimental de l’intrigue. Malheureusement, cela va même jusqu’à contaminer formellement le film, qui souffre d’un abus insupportable de musique lénifiante pseudo-romantique et de plans appuyés sur le visage (contrarié) des personnages. La manière dont le cinéaste matérialise la cohabitation des deux esprits est par ailleurs assez artificielle, voire risible lorsque la voix de la jeune héroïne s’adresse à son propre corps dans un écho très artistique.

Du vieux fantasme de l’humanité, la possession du corps par une entité étrangère, Andrew Niccol ne fait donc pas grand-chose de très original : le film induit à demi-mot que l’on apprend toujours de ceux qui sont différents, et qu’à force de faire n’importe quoi, l’homme perdra son droit à administrer sa propre planète, et même sa propre vie. Mais rien de très nouveau sous le soleil. On pourrait même être cynique et se demander ce qui peut bien pousser Vagabonde, l’entité extraterrestre, à s’intéresser aux humains qui se montrent à elle sous leur pire jour (violents, égoïstes, traîtres…). C’est l’éternelle question des films d’anticipation : si une espèce extraterrestre évoluée débarquait vraiment chez nous, il est assez probable qu’elle ne voie pas trop pour quelles raisons nous épargner. Exactement le genre de raisonnement que nous tenons d’ailleurs nous-mêmes dès lors qu’il s’agit d’espèces animales (donc « inférieures ») ou de richesses naturelles comme les océans ou les forêts.

A lire sur www.ecrannoir.fr

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