Ida de Pawel Pawlikowski



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idaL’histoire

Dans la Pologne des années 60, Ida, une jeune religieuse orpheline, s’apprête à prononcer ses vœux définitifs. Elle apprend alors l’existence d’une tante que sa supérieure l’exhorte à rencontrer. Pour la première fois, elle sort du couvent et découvre le monde.

En une phrase

Entre chronique historique et thriller, le portrait d’une jeune femme sur la voie du renoncement volontaire.

La critique (publiée le 12 février 2014 sur www.ecrannoir.fr)

Pawel Pawlikowksi réalise un film d’une grande simplicité narrative dont l’esthétique extrêmement recherchée renforce le minimalisme apparent. Le noir et blanc très contrasté, les plans décadrés qui donnent l’impression de perdre les personnages dans leur environnement, les scènes courtes et elliptiques qui laissent une place importante au hors champ, créent un environnement cotonneux et presque mystérieux qui offrent une grande liberté au récit. Au spectateur d’en remplir les creux ou les silences, et d’imaginer la fin des séquences interrompues.

Paradoxalement, l’histoire racontée par le film est riche et complexe, pleine d’intrigues parallèles qui se croisent et se nouent. Il y a d’abord le personnage ambigu d’Ida, jeune fille volontairement retirée du monde, comme indifférente à elle-même et aux autres, qui se dérobe lorsque le monde tente de s’imposer à elle. A ses côtés, il y a cette tante volontaire et fantasque, aux mœurs légères pour l’époque, qui alterne douceur maternelle, sècheresse brusque et laisser-aller décomplexé. Les deux femmes forment un duo insolite, si antinomique qu’il en devient bouleversant. Car entre elles, le rapport de forces s’inverse au fil du film et des expériences qu’elles partagent. Ce n’est plus la tante qui sert de guide à la jeune religieuse dans le monde réel qu’elle ne connaît pas, mais bien la nièce qui conduit sa tante sur le chemin spirituel de la réconciliation et du pardon.

Le drame familial qui les unit (la mort des parents d’Ida pendant l’occupation nazie) jette le film sur la voie d’un thriller qui prendrait son temps, et où l’enquête servirait avant tout à trouver la paix intérieure. Il donne aussi un éclairage fascinant sur une part douloureuse de l’histoire polonaise. L’hostilité que rencontrent les deux femmes dans le petit village où elles cherchent des réponses à leurs questions crée en effet un climat anxiogène qui en dit plus long sur l’époque que de longs dialogues didactiques. Pawel Pawlikowksi en explique d’ailleurs le moins possible, laissant simplement chaque scène dévoiler une nouvelle pièce du puzzle et de ses ramifications historiques.

Mais c’est le parcours d’Ida qui est probablement l’élément central de ce film à la beauté enivrante où, comme le déclare le personnage de la tante, il faut avoir expérimenté ce à quoi l’on renonce pour qu’il s’agisse d’un vrai sacrifice. La jeune fille qui se destine à une vie de méditation, de calme et d’amour spirituel doit donc traverser le monde dans ce qu’il a de plus cru pour être à même de choisir la voie qui sera la sienne. C’est vrai, cette initiation jalonnée de symboles emprunte des chemins balisés, mais elle permet une fin à plusieurs niveaux de lecture qui, malgré tout, laisse une impression forte. Peut-être parce que le renoncement, quel qu’il soit, est toujours une forme de mort.

A lire sur www.ecrannoir.fr

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