Cannes 2013 : Lettre à Jafar Panahi – jour 5



Cher Jafar,

Il y a à Un Certain Regard un film qui te plairait, L’image manquante de Rithy Pan.

Je crois que tous les deux, vous avez du cinéma une vision commune : tu as toujours fait des films pour témoigner sur la situation actuelle de ton pays, lui effectue depuis la fin des années 80 un gigantesque travail de mémoire sur les exactions du régime khmer rouge. L’oeuvre de toute une vie, qui se poursuit aujourd’hui avec un documentaire plus intime sur l’expérience que le cinéaste fit lui-même du régime de Pol Pot dans sa jeunesse.

C’est comme un flot de souvenirs qui s’écoule sur fond de documents d’archives et de reconstitution des scènes d’époque avec de petites figurines d’argiles (ingénieux procédé imaginé par Rithy Pan pour pallier l’absence d’images). Les temps heureux avant l’arrivée des khmers rouges, puis l’exil, les camps de rééducation, la faim, la misère, la mort… On est comme emporté dans ce tourbillon d’événements, de règles, de slogans, d’injustices et d’horreur.

Au hasard, une mère dénoncée par son fils de neuf ans et exécutée froidement, des cadavres qui s’entrechoquent dans une fosse commune, une petite fille qui meurt de faim sous le regard d’autres enfants… Un monde où presque tout est interdit et d’où l’humanité disparaît peu à peu.

On est tout simplement bouleversé par ce document unique qui raconte des événements insoutenables et trouve malgré tout la force de redonner espoir en l’être humain. Parce que nombreux furent ceux qui ont résisté, même avec leurs pauvres moyens. Que les survivants de la terreur khmer ont gardé leur part d’humanité. Qu’au final, c’est Pol Pot qui a perdu.

Et en regardant ce document inestimable qui se double d’une véritable proposition cinématographique, on se dit que c’est exactement à ça que sert le cinéma, et que tous les Rithy Pan du monde doivent continuer à tourner, coûte que coûte. Toi y compris.

A retrouver sur www.ecrannoir.fr

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