Cannes 2013 : Lettre à Jafar Panahi – jour 12



Cher Jafar,

Ca y est, le festival est terminé. Une clôture de toute beauté avec la remise de la Palme d’or au réalisateur Abdellatif Kechiche et à ses deux actrices Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux.

En récompensant La vie d’Adèle, le jury présidé par Steven Spielberg a ouvertement voulu mettre en avant un cinéma profond, courageux, engagé et éminemment romantique. Au-delà de la bouleversante histoire d’amour entre Adèle et Emma, le film aborde en effet des thématiques sociales fortes comme la nécessaire transmission du savoir, la lutte contre toutes les formes d’intolérance et les dangers de clivages sociaux trop importants.

Visiblement ému, le réalisateur a dédié son film à « cette belle jeunesse de France (…) qui [lui] a beaucoup appris sur l’esprit de liberté et du vivre-ensemble » ainsi qu’à « une autre jeunesse« , celle de la révolution tunisienne, « pour leur acte extraordinaire, la révolution tunisienne, et pour leur aspiration à vivre eux aussi librement, s’exprimer librement et aimer librement« .

Bel hommage, mais qui serre le cœur, quand on sait que les Tunisiens ont peu de chance de découvrir La vie d’Adèle sur leurs écrans. Le directeur général du cinéma tunisien Fathi Kharrat a déjà souligné que le film s’adresse à « un environnement particulier » et que des réactions violentes seraient à craindre en cas de projection en salles. Les censeurs, tu ne le sais que trop, trouvent toujours des justifications justes et nobles à l’exercice de leur art.

Toutefois, comme le relève l’organisateur du festival de cinéma américain indépendant Views of America, Hisham Ben Khamsa, le vaste circuit de vidéoclubs et surtout la puissante industrie du piratage en Tunisie seront probablement d’une aide précieuse pour aider à la diffusion de La vie d’Adèle dans les foyers tunisiens. On n’a jamais fait mieux que la vente sous le manteau pour contourner la censure !

En revanche, Abdellatif Kechiche n’échappera pas à une autre polémique, celle lancée par des techniciens ayant participé au tournage de son film, et qui lui reprochent des conditions de travail difficiles ainsi que plusieurs manquements au Code du Travail (voir l’article du Monde le 24 mai). On parle d’horaires volumineux et fluctuants, de travail bénévole, de tarifs au rabais, d’exigences intenables…

Pour le moment, le cinéaste ne s’est pas exprimé sur cet aspect de son travail. Mais il est certain que cela va à l’encontre de son image d’artiste social engagé et que, quel que soit son talent, ce genre de pratiques est difficilement acceptable. Il faut avouer que cela gâche même franchement la fête. Mais parce qu’il vaut mieux en rire, un tumblr spécial vient de voir le jour : ça s’appelle La vraie vie d’Adèle,, et ce n’est pas tendre envers le tout nouveau lauréat de la sacro-sainte Palme d’or.

A retrouver sur www.ecrannoir.fr

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