Before midnight de Richard Linklater



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beforeL’histoire

Neuf ans après Before sunset, Céline and Jesse passent des vacances familiales et idylliques sur une île grecque. Le temps a passé, mais ils aiment toujours autant les joutes verbales et les conversations à bâtons rompus. A l’occasion d’une soirée en amoureux, de vieilles rancoeurs resurgissent pourtant entre eux.

En une phrase

Troisième volet d’un projet cinématographique rare qui joue la carte de l’introspection, de l’humour et de l’intelligence.

La critique (publiée le 26 juin sur le site www.ecrannoir.fr)

S’enrichissant d’un troisième volet qui poursuit l’introspection du couple formé par Celine et Jesse, la série des « Before » rappelle qu’elle est un projet cinématographique rare, s’inscrivant logiquement dans une durée qui devient partie prenante de l’intrigue. Cette désormais large fresque (elle court sur presque vingt ans) co-écrite à trois mains par le réalisateur et ses deux acteurs principaux impose une perspective particulière, presque anthropologique, à mille lieues des déclinaisons mercantiles de franchises dont l’intérêt originel est rapidement dilué dans des suites vides de tout contenu.

Ici, le film vaut par lui-même, comme l’instantané d’une situation donnée, à savoir un couple en recherche d’un second souffle, et il est tout à fait possible de l’apprécier sans connaître les deux précédents. Toutefois, replacé dans la continuité de Before sunrise et Before sunset, Before midnight gagne en profondeur et en résonance, comme une pièce de puzzle qui remet en perspective le motif tout entier. La rencontre presque simpliste du premier long métrage est ainsi devenue une histoire d’amour multidimensionnelle pas si éloignée du quotidien banal de la réalité. Jess et Celine, ça pourrait être n’importe qui : des voisins, des amis… soi-même. Et c’est probablement ce qui rend le film aussi attachant.

Richard Linklater crée pour cela un effet de distanciation : témoin de ce qui pourrait être sa propre histoire, le spectateur découvre dans la vie de ce couple de fiction ses propres mesquineries, ses faiblesses et ses doutes. Comme s’il était soudain possible de changer de camp pour observer sans fard ses propres contradictions. D’où, probablement, le sentiment prégnant d’avoir évolué en parallèle avec les deux personnages, ou au moins de retrouver dans leur relation une certaine similitude avec des situations qui nous touchent de près.

Le scénario, d’une fluidité extrême, joue en parallèle la carte du divertissement (dialogues brillants, situations savoureuses) et de l’intelligence. Dynamique, irrésistible, parfois irrévérencieux, il décortique sans didactisme les multiples petits éléments qui amènent un couple à imploser. La mise en scène favorise ces interactions en plaçant le spectateur en première ligne. Les longs plans séquences favorisent la continuité, la durée, et la sensation de réalisme. Comme dans la vie, le temps s’affole, puis s’enlise, accélère puis semble s’arrêter. Linklater laisse les dialogues (qui constituent l’essentiel de la trame narrative) s’installer et progresser. Il ne coupe pas les conversations, les fait durer, leur laisse la possibilité d’explorer toutes les options : dispute, fou rire, réconciliation, rupture… L’instantanéité de l’existence.

Deux passages virtuoses allient la technicité de la forme à l’intensité du fond : un trajet en voiture, badinage en apparence léger où se posent en creux tous les enjeux du film, et l’arrivée dans une chambre d’hôtel où les personnages passent presque en un seul mouvement du désir au ressentiment, évolution des sentiments qui se traduit à l’écran par un déshabillage-rhabillage des plus éloquents. Mis à nu, les personnages apparaissent dans leur fragilité bouleversante d’êtres déchirés par des injonctions contraires : devoirs, désirs, responsabilités, envies, contraintes, rêves brisés… et temps qui passe inexorablement, réduisant le champ des possibles. Toute la difficulté de vivre transparaît alors dans leur face-à-face, intimité ténue aux échos forcément universels.

L’expérience, cinématographique et humaine, y trouve une conclusion heureuse. Que Linklater, Delpy et Hawke décident ou non de poursuivre les aventures de Jesse et Celine (il leur suffira de s’inspirer de la vie pour imaginer de nouveaux rebondissements plausibles), les trois Before s’inscrivent d’ores et déjà dans la démarche, rare et palpitante, d’un projet cohérent où le cinéma sert à la fois de laboratoire, de révélateur et de finalité.

A lire sur www.ecrannoir.fr

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